En septembre, mois de sensibilisation aux cancers gynécologiques, les équipes de l’Institut Universitaire de Cancérologie AP-HP Sorbonne Université sont mobilisées pour Septembre Turquoise. Un déjeuner-débat entre professionnels à la Pitié-Salpêtrière, puis une journée grand public à l’hôpital Tenon : retour sur ces deux temps forts dédiés à la santé des femmes.
En France, les cancers gynécologiques touchent chaque année près de 15 000 femmes. Ovaire, endomètre, col de l’utérus : certains de ces cancers restent pourtant méconnus, et souvent entourés de tabous. Pour les équipes impliquées dans la prise en charge de ces pathologies, Septembre Turquoise est l’occasion de rappeler qu’un dépistage précoce, la réduction des facteurs de risques et l’application de mesures de prévention constituent la base d’une prise en charge thérapeutique optimale
Quand un cancer gynécologique révèle une maladie familiale
Le jeudi 24 septembre, à la Pitié Salpêtrière, les professionnels de santé ont pu échanger lors d’un déjeuner- débat autour de la Pre Catherine Uzan, cheffe du service de chirurgie gynécologique et mammaire, du Pr Geoffroy Canlorbe, chirurgien gynécologique, et du Dr Patrick Benusiglio, onco-généticien sur les modalités de prise en charge des cancers gynécologiques. Au centre des échanges, une question : comment un cancer gynécologique peut-il révéler une prédisposition génétique, et devenir ainsi l’affaire de toute une famille ? Nos trois experts ont pu exposé leurs expertises complémentaires et croisé leurs expériences :
Les cancers de l’ovaire, provoquent peu de symptômes et sont malheureusement diagnostiqués à un stade avancé (stade III ou IV) dans environ 70 % à 75 % des cas : les premiers stades de la maladie provoquent rarement des symptômes spécifiques ou douloureux. Certains facteurs sont connus comme à risque : antécédents personnels et familiaux, nulliparité, surpoids ou obésité, règles précoces, ménopause tardive. La contraception orale, la grossesse, la ligature ou l’ablation des trompes sont considérés comme des facteurs protecteurs et sur lesquels on pourrait agir en particulier dans le cas de prédisposition génétique héréditaire. En effet, nous dit le Pr Benusiglio, l’altération génétique transmissible constitue le 1er facteur de risque de cancer de l’ovaire. Les gènes BRCA1 et BRCA2 sont les plus fréquents et concernent 15 % à 20 % des cas de cancer de l’ovaire, le syndrome de Lynch plus rarement ainsi que d’autres gènes pathogènes.
L’accent a également été mis sur sur la vaccination contre les infections à Papillomavirus (HPV), car avec 60 % de couverture vaccinale pour les jeunes filles, la France progresse mais est encore en retard par rapport aux autres pays d’Europe. Il ne faut donc pas relâcher la communication aussi bien pour les garçons que les filles car la prévention de l’infection HPV prévient non seulement des cancers du col mais aussi d’autres organes tels que les cancers de la sphère ORL et anale, nous rappelle le Pr Canlorbe qui a aussi insisté sur le nouveau calendrier de vaccination avec un rattrapage possible jusqu’à 26 ans.
Pre Uzan, a insisté sur la communication avec les patientes mais aussi l’importance de la cohésion multidisciplinaire dans cette prise en charge impliquant tous les acteurs du diagnostic aux traitements. La discussion a également porté sur les innovations thérapeutiques avec l’arrivée de nouvelles molécules qui ouvrent de nouvelles perspectives dans la prise en charge de certains cancers de l’ovaire résistants.
Les échanges ont été riches autour des modalités de dépistage, des tests génétiques et de la recherche de mutations aussi importants pour la stratégie thérapeutique que pour une recherche de prédisposition héréditaire.
Messages clés
- Cancer du col : prévention par la vaccination HPV – Dépistage précoce avec un suivi gynécologique régulier
- Cancer de l’ovaire : souvent révélé par une carcinose péritonéale (dissémination de cellules tumorales sur le péritoine, la membrane qui enveloppe les organes de l’abdomen). Il faut rechercher systématiquement une anomalie dans le tissu (somatique) et le cancer primitif en cas de carcinose.
- Résultats oncogénétiques : informations importantes pour la patiente et sa famille
La consultation d’oncogénétique est une étape très importante dans le parcours de soins, permet de confirmer ou non une prédisposition héréditaire et de proposer un dépistage aux proches.
La rencontre s’est conclue par un échange avec les partenaires sur les innovations et les perspectives thérapeutiques.
Sensibilisation et information : tous mobilisés contre les cancers gynécologiques
Le vendredi 25 septembre, à l’hôpital Tenon dans le hall Meyniel , les professionnels et partenaires se sont mobilisés pour une journée de sensibilisation ouverte à tous. Patientes, proches, visiteurs et personnels de l’hôpital ont pu s’informer, poser leurs questions et briser les tabous sur les cancers gynécologiques.
Sur les stands, les professionnels des services d’oncologie médicale du Pr Joseph Gligorov et de chirurgie gynécologique, du Pr Cyril Touboul, les équipes paramédicales dont les diététiciennes, les associations et tous les partenaires ont pu échanger et informer sur la prévention et le dépistage, et proposé des animations ludiques qui ont rythmé la journée.
À cette occasion, les soins oncologiques de support (SOS) ont de nouveau démontré toute leur pertinence dans la prise en charge globale des patients, grâce aux ateliers proposés par la Plateforme SOS de l’hôpital Tenon, initiée par le Pr Lotz.
Message clés
La vaccination contre les HPV est recommandée pour :
· les filles et les garçons âgés de 11 à 14 ans, avec un schéma vaccinal en 2 doses ;
· les filles et les garçons âgés de 15 et 19 ans, en rattrapage, avec un schéma vaccinal en 3 doses ;
· les jeunes adultes de 19 à 26 ans révolus n’ayant pas été vaccinés à l’adolescence, avec un schéma vaccinal en 3 doses ;
· les filles et les garçons en attente ou ayant eu une transplantation d’organe dès l’âge de 9 ans.









